Pendant longtemps, l’évaluation a été perçue comme un outil venu d’ailleurs : conçue dans des institutions internationales, appliquée selon des protocoles standardisés, et souvent déconnectée des réalités africaines. Elle semblait imposée plutôt que co-construite, extériorisée plutôt qu’enracinée. Mais aujourd’hui, un mouvement profond et structurant émerge. Une nouvelle génération d’évaluatrices et d’évaluateurs africains choisit de penser, pratiquer et valoriser une évaluation qui parle nos langues, comprend nos codes et reconnaît la richesse de nos sociétés. Une évaluation pleinement Made in Africa.
01. Qu’est-ce qu’une évaluation “Made in Africa” ?
La notion ne renvoie pas à un repli identitaire ou à un rejet des standards internationaux. Au contraire : elle vise à adapter, contextualiser, incarner l’évaluation dans les dynamiques africaines.
Elle repose sur trois dimensions essentielles.
2. Le rôle clé de L'AfrEA et des African Evaluation Guidelines (AEG)
– Une évaluation qui parle nos langues et comprend nos codes
Une évaluation Made in Africa est attentive :
- aux langues locales,
- aux dynamiques communautaires,
- aux réalités culturelles,
- aux formes de gouvernance traditionnelles,
- aux perceptions situées du changement et du développement.
Parce qu’on ne mesure pas le progrès avec des outils aveugles à la culture
– Une évaluation qui écoute autant qu’elle mesure
Elle ne se limite pas aux indicateurs.
Elle valorise :
- les savoirs locaux,
- l’intelligence communautaire,
- l’expérience vécue,
- les récits et les voix souvent marginalisées.
Elle refuse l’idée que seule la donnée quantitative dit la vérité.
-Une évaluation qui renforce les capacités locales
L’évaluation Made in Africa vise à :
- autonomiser les institutions africaines,
- former de nouvelles générations d’évaluateurs,
- bâtir des systèmes nationaux d’évaluation,
- réduire la dépendance externe.
Elle repose sur une conviction : les Africains doivent être les premiers à mesurer leur propre progrès.
C’est dans cette dynamique que l’African Evaluation Association (AfrEA) a conçu les African Evaluation Guidelines (AEG).
Ces lignes directrices fournissent un cadre adapté aux réalités du continent, en reconnaissant à la fois :
- la nécessité d’une rigueur méthodologique,
- l’importance de l’ancrage culturel,
- et la valeur des approches participatives.
Les AEG s’appuient sur quatre grands principes :
–Utilité : L’évaluation doit servir clairement les décideurs, les communautés et les bénéficiaires. Elle doit être pertinente, pratique, et orientée vers l’action.
– Faisabilité : Les méthodes doivent être réalistes, adaptées aux ressources disponibles, et respectueuses des contraintes locales.
– Propriété (ou Propriety) : L’évaluation doit être éthique, respectueuse des normes sociales, attentive aux droits humains et sensible aux dynamiques culturelles.
-Exactitude: Elle doit garantir la fiabilité, la crédibilité et la rigueur analytique des conclusions.
Ces principes ne sont pas de simples traductions d’outils internationaux.
Ils sont pensés par des Africains, pour l’Afrique, à partir d’une connaissance intime de nos contextes.
3. Pourquoi cette approche est essentielle aujourd’hui ?
-Parce que les méthodes importées ne saisissent pas toujours nos réalités
Les modèles d’évaluation standardisés ne captent pas :
la centralité de la communauté,
les formes locales de leadership,
la diversité linguistique,
les normes sociales en transformation,
les rapports au progrès et au temps, souvent différents de ceux des pays du Nord.
– Parce que l’Afrique doit écrire ses propres récits
Trop souvent, nos performances sont jugées selon des standards extérieurs.
Une évaluation Made in Africa permet de :
raconter nos propres histoires,
valoriser nos innovations,
contextualiser nos avancées,
construire nos propres critères d’efficacité.
-Parce que la professionnalisation du secteur passe par nous
Pour renforcer les systèmes nationaux d’évaluation, il faut :
des standard africains,
des institutions africaines,
des experts africains,
des communautés africaines d’évaluateurs.
C’est un enjeu de souveraineté, mais aussi de qualité.
4. Made in Africa : un mouvement porté par une nouvelle génération
Aujourd’hui, des milliers de jeunes évaluateurs et évaluatrices à travers le continent — du Sénégal au Rwanda, du Ghana au Bénin, de l’Afrique du Sud à la Côte d’Ivoire — s’approprient ce mouvement.
Ils veulent une évaluation qui reflète :
leurs identités,
leurs réalités,
leurs ambitions,
et leur vision d’un développement durable africain




