Évaluation basée sur les preuves (Evidence-Based Evaluation) : à quoi cela sert concrètement et comment cela fonctionne ?

Évaluation basée sur les preuves (Evidence-Based Evaluation) : à quoi cela sert concrètement et comment cela fonctionne ?

Dans la pratique de l’évaluation, il arrive encore fréquemment que les conclusions reposent davantage sur des impressions générales que sur des faits solidement établis.
Les rapports mobilisent des données, citent quelques indicateurs ou témoignages, puis concluent que « le projet a fonctionné » ou que « les résultats sont satisfaisants ».

Mais une question centrale demeure souvent implicite :
sur quoi repose réellement ce jugement ?

 

C’est précisément à cette exigence de rigueur que répond l’évaluation basée sur les preuves (Evidence-Based Evaluation). Loin d’être un simple slogan méthodologique, elle constitue une approche structurante du raisonnement évaluatif, orientée vers la justification explicite des jugements portés sur une intervention.

1. Ce que signifie réellement « évaluation basée sur les preuves »

L’évaluation basée sur les preuves consiste à fonder les jugements évaluatifs sur des éléments empiriques vérifiables, collectés et analysés de manière rigoureuse, puis reliés explicitement à la logique de l’intervention évaluée.

L’enjeu principal n’est donc pas l’accumulation de données, mais la capacité à démontrer pourquoi et en quoi certaines informations constituent une preuve pertinente pour répondre aux questions d’évaluation posées.

Autrement dit, une donnée ne devient une preuve que lorsqu’elle est :

  • reliée à un critère d’évaluation explicite ;

  • analysée de manière cohérente ;

  • interprétée au regard du contexte et des objectifs de l’intervention.

2. Pourquoi cette approche est-elle essentielle en évaluation ?

Dans les politiques publiques, les programmes de développement ou les projets sociaux, les résultats des évaluations influencent directement les décisions : reconduction d’un programme, réallocation budgétaire, changement de stratégie ou abandon d’une intervention.

Dans ce contexte, des jugements non étayés fragilisent la crédibilité de l’évaluation et réduisent son utilité pour la prise de décision.
L’approche fondée sur les preuves permet au contraire :

  • de renforcer la légitimité des conclusions ;

  • de rendre les recommandations plus défendables ;

  • de favoriser la transparence et la redevabilité ;

  • d’améliorer l’apprentissage organisationnel.

3. Comment fonctionne l’évaluation basée sur les preuves, en pratique ?

a) Le point de départ : le raisonnement évaluatif

Tout commence avant même la collecte des données. L’évaluateur clarifie ce qu’il cherche à apprécier :
l’efficacité, la pertinence, l’efficience, l’équité, la durabilité ou la cohérence d’une intervention.

Les questions évaluatives jouent ici un rôle central. Elles orientent l’analyse et déterminent ce qui pourra être considéré comme une preuve pertinente.
Sans questions clairement formulées, les données collectées risquent de rester descriptives et peu exploitables.

b) La mobilisation de preuves diversifiées

Les preuves utilisées en évaluation peuvent être de nature variée :

  • données quantitatives (indicateurs, enquêtes, bases administratives) ;

  • données qualitatives (entretiens, focus groups, observations) ;

  • analyses documentaires (rapports, politiques, cadres stratégiques).

Ce n’est pas la nature de la donnée — quantitative ou qualitative — qui détermine sa valeur probante, mais sa cohérence avec la question évaluative et sa mise en dialogue avec d’autres sources.

c) L’analyse : le cœur de la construction de la preuve

Une évaluation basée sur les preuves ne se contente pas d’aligner des résultats. Elle cherche à :

  • relier les constats empiriques à la théorie de l’intervention ;

  • expliquer les mécanismes observés, et pas seulement les effets ;

  • tenir compte du contexte, des hypothèses et des limites des données disponibles.

C’est à ce stade que la preuve se construit véritablement, par un raisonnement explicite et traçable.

4. Le jugement évaluatif : un raisonnement assumé et justifiable

Contrairement à une idée répandue, l’évaluation basée sur les preuves ne supprime pas le jugement évaluatif.
Elle l’assume pleinement, mais le rend argumenté, transparent et défendable.

Dire qu’une intervention est efficace, pertinente ou équitable suppose :

  • des critères clairement définis ;

  • une explicitation des liens entre données, analyses et conclusions ;

  • une reconnaissance des incertitudes et des limites.

 

Il est également essentiel de rappeler que evidence-based ne signifie pas exclusivement méthodes expérimentales ou essais randomisés.
Une évaluation est fondée sur les preuves dès lors que ses conclusions sont méthodologiquement cohérentes, traçables et solidement argumentées.

Conclusion

L’évaluation basée sur les preuves n’est pas une simple accumulation de données ni une quête de sophistication méthodologique.
Elle constitue avant tout une discipline du raisonnement, au service de décisions plus éclairées, plus responsables et plus justes.

En plaçant la preuve au cœur du jugement évaluatif, cette approche renforce la crédibilité de l’évaluation et sa capacité à produire un réel impact sur l’action publique et le développement.

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